Patrick Berko

Issu d'une famille de négociants en oeuvres d'art, Patrick Berko s'est depuis toujours passionné pour la peinture académique, le réalisme, l'orientalisme, le romantisme du XIXe siècle et la 'Belle Epoque', particulièrement en Europe. Avec son épouse Viviane, également spécialiste en peinture, ils ont ouvert des galeries à Knokke-Le Zoute en 1976, à Paris en 1978, à Bruxelles en 1983, à Anvers en 1984, à New York en 1987, à Tokyo en 1989 et récemment en 2008 à Shanghai, affaire qu'ils ont confiée à leurs enfants Maximin et Irina qui partagent la même passion. Elles sont autant de lieux de rencontre tant pour les collectionneurs chevronnés que pour d'enthousiastes amateurs d'art. Ils participent régulièrement aux salons les plus prestigieux à Bruxelles, Paris, Maastricht, Palm Beach, Monaco, Moscou, Londres, Shanghai, e.a. Ils ont également publié plusieurs livres de référence dont le 'Dictionnaire des peintres belges nés entre 1750 et 1875' et ceux traitant des peintres de fleurs et d'animaux, ainsi qu'un nombre de monographies. Recemment ils ont publié leur nouveau livre de référence '19th Century European Virtuoso Painters'.

Contact

Mr and Mrs Berko

BERKO Fine Paintings

Kustlaan 163
B-8300 Knokke-Heist
Belgium
T +32 (0)50 60 57 90
M +32 (0)475 85 00 61
F +32 (0)50 61 53 81
E information@berkofinepaintings.com

Introduction

L'œuvre de Fernand Toussaint reste comme un exemple de l'éclectisme propre a de nombreux artistes de la première moitie de ce siècle. «La pro bite d'un peintre consciencieux servie par une science solide»: le jugement que porte sur Toussaint l'historien d'art Lucien Solvay parait un peu restrictif a l' égard de ce virtuose qui s' est distingue dans tous les genres avec un égal bonheur: portraits et anecdotes, marines et paysages, bouquets de fleurs ou natures mortes, son œuvre montre une variété curieusement étendue. C' est pourtant dans le caractère intimiste de la scène de genre et d'intérieur que donne le meilleur de lui-même celui que Mario de Monchi appelle <de maître incontesté de la grâce et du charme de la femme».

A l'Académie de Bruxelles, Portaels a su le distinguer parmi ses disciples les plus doués - et Camille Lemonnier le range des 1906 auprès de Constant Permeke et d' Adrien Le Mayeur parmi les peintres «qui . élargissent les horizons du paysage rustique et familier ». Comme chez les maîtres du XVIIe siècle, ses natures mortes sont «disposées», c'est a- dire rangées selon une géométrie interne et subtile, organisées par masses équilibrées vers lesquelles une ligne oblique (un couvert, par exemple) vient diriger l'œil du spectateur. Illusionniste qui sait se garder des pièges du trompe-l’œil, Toussaint para1t s'amuser a accumuler les difficultés techniques et les différentes matières comme pour nous prouver son habileté a s'en jouer. Aimable et léger dans la scène de genre, précis et pourtant imprévu dans ses bouquets de fleurs, toujours sobre dans le choix de la gamme colorée de ses paysages, Femand Toussaint se situe a coup sur comme une valeur authentique parmi tous les artistes d'hier dont la juste réhabilitation est a 1' ordre du jour.

Gerald SCHURR

Fernand Toussaint - Biographie

Elève dans un milieu aisé et cultivé, ou l'on comprit tôt qu'il convenait d'encourager son jeune talent, Fernand Toussaint ne fut pas de ces peintres à «Vocation contrariée». II n'eut donc nulle raison d'en vouloir aux autres et entra dans la vie l'âme sereine. A quinze ans, il devint l'élève de Jean Portaels dont 1' enseignement novateur et exigeant faisait une place capitale a la connaissance du dessin. A dix-huit ans, attire par la Ville Lumière, il partit a Paris ou il acheva ses études.

Les maitres du portrait féminin le séduisirent. II demeura toujours marque de leur influence. Nicolas Lancret et ses jolies marquises frivoles, Maurice-Quentin Latour et son inoubliable «Madame de Pompadour» ... Notre jeune compatriote se sentit tout empli du désir de bien faire, de pénétrer les secrets de cette peinture qui, au delà de la beauté, réserve a l'âme une place importante. C'est au prés de ces maitres que s' affirma une vocation qui ne se démentit jamais et qui lui fit préférer l'étude de la femme, du portrait féminin, a toutes les autres branches de 1'art.

Fernand Toussaint, artiste aux gouts aristocratiques et raffines, brilla également comme peintre de fleurs. Celles-ci eurent beaucoup d'importance pour lui. Elles appartiennent en effet au même climat de tendres- 12 se et de sensualité diffuse que celui ou baignent ses figures féminines. Ce sont surtout les roses, souvent épanouies, qui furent ses préférées, encore qu'il ait peint avec beaucoup d'émotion, dans leur fragile modestie, des bouquets de pensées et de pois de senteur. Mais il eut fréquemment, en dehors de tout apprêt et dans la seule joie de la solitude devant la nature, l'occasion de ramener de ses promenades de détente des paysages d'une grande simplicité et d'un grand intérêt. Parmi ceux que 1' on pourra revoir ou découvrir, on sera frappe par la qualité de telle «Promenade» devant la maison fleurie, ou, par le petit groupe de pique-niqueurs au bord d'un pare, ou encore la solitude champêtre qui règne autour d'un pont sur le canal de Damme.

Certains se souviendront qu'il y a plus d'un demi siècle, «L'illustration», la grande revue parisienne de l'époque, consacra un numéro spécial au Salon de Paris. Celui-ci avait décerné sa Médaille d'Or a Fernand Toussaint pour un portrait de femme qui fut reproduit dans l'importante publication en tire a part et en couleurs.

Homme d'excellentes manières, Fernand Toussaint aimait Paris et y était apprécié. Mais le peintre aux allures de gentleman anglais était attire également par Londres et par la Grande-Bretagne. De très grands noms de l'histoire de la peinture y avaient brilles, et notre compatriote en demeurait tout ébloui. Georges Romney, le Fragonard anglais, Thomas Lawrence, Joshua Reynolds, Thomas Gainsborough, lui avaient fait découvrir le charme poétique et sentimental de la femme anglaise. L'œuvre de Fernand Toussaint est mal connu aujourd'hui. Plus de trente ans se sont écoulés depuis son décès, et personne ne s'est soucie de célébrer son souvenir, ni de ranimer la flamme de l'amitié au tour de lui. Ses toiles, au cours des années, ont été dispersées au gré des successions. Les jolies femmes qu'il a peintes ont connu le sort des oubliées, leur portrait passant du salon a la chambre a coucher, voire au « palier du dessus » . Beaucoup d'œuvres, au surplus, se trouvent dans des collections étrangères d'ou elles ne sortiront peut-être jamais. Et cependant... Il s'agit la d'une carrière exemplaire, toute vouée au culte de la femme, dans un esprit post-impressionniste, et l'on peut y découvrir de véritables chefs-d' œuvres de technique et de délicatesse.

Fernand Toussaint croyait a la vertu du travail, a celle des essais répétés. On n'apprend pas a peindre dans les livres, mais devant la toile, palette a la main. Il professait qu'il ne faut pas chercher à être original, que «cela vient tout seul» en acceptant d'être soi-même. Il souffrit d'assister a la dégradation de 1' art, a la négation du savoir, au remplacement de la tendresse, de la caresse des couleurs, par le coup de poing dans la figure. Il savait qu'il est impossible, dans le réalisme, de trouver un langage tout a fait indépendant de son époque et des époques antérieures. Il n'eut donc qu'indifférence pour les modes et les « ismes » qui venaient assaillir ses convictions profondes; on comprend aisément, de ce fait, qu'il ne milita point sur le plan esthétique, estimant que le rôle des artistes est de travailler et non point de discuter. Aussi para1t-il, de nos jours, comme «inactuel», ayant toujours chemine dans la discrétion et le gout peu voyant de l'intimité. Il n' aimait pas que la peinture soit entourée de cris et de hurlements. Ce peintre allie a l'équilibre et au raffinement un charme très particulier, choses qui ont perdu, chez certains, toute véritable signification. Son œuvre apparait ainsi comme le témoignage d'une époque ou 1' on honorait encore la beauté et la pudeur de la femme, même dans les nus délicats qu'il lui arrivait de peindre avec infiniment de respect. L'omniprésence de la femme se retrouve évidemment dans de plaisantes scènes de genre, comme l'étonnante «partie de croquet» qui réunit, au jardin, quatre joueuses élégantes s'apprêtant a prendre le the; ou encore, «Ia brodeuse», qui fait songer a Vermeer; ou la « Visite a !'atelier», typique image de la traditionnelle première rencontre avec le portrait commande ... Tout cela fait partie d'une vision et 'd'un esprit qui confèrent a l'ensemble de l'œuvre de Fernand Toussaint sa marque particulière.

Il sut saisir la réalité et les formes, y réfléchir, méditer longuement et calmement. Et finalement, sans s'en apercevoir, sans le vouloir vraiment, il ajoutait autre chose au sens de la féminité. On peut dire, avec le recul du temps, que ce fut la un peu comme un acte de possession. Fernand Toussaint s' est surpasse dans des portraits de jolies femmes «plus très jeunes», celles dont l'apparence est dégagée des tumultes de l'âme et du cœur. Il les a peintes dans des attitudes et des expressions de douceur, de sérénité paisible. Que de sourires a peine amorces, ou l'on découvre aujourd'hui les tentations •d'exprimer, peut-être, une tendresse, une amitié particulière, alors que la « commande » impose une parfaite attitude de discrétion et de silence. Fernand Toussaint a su user, avec tact, de ce que l'on peut appeler «la valeur du sujet».

Il arrive que l'on rencontre, peintes avec talent et personnalité, bien des choses qui choquent notre gout ou qui mettent au défi nos dilections. n n'en demeurera pas moins que le sujet garde, même de nos jours, une très grande importance dans l'esprit du public et des collectionneurs. Entre un cadavre de noyé, évoque avec émotion, et une jolie femme a sa toilette, le choix est vite fait, a valeur plastique égale, s' en tend. La négation du sujet est trop souvent une position d'impuissance et toute la littérature sur cette question n'y changera rien. Aussi n'hésitera-t-on pas a dire que Fernand Toussaint était un admirable imagier, dans le sens le plus noble et le plus absolu du terme, car il vouait un culte égal a la forme, a la couleur, a la matière et a !'esprit. Grand admirateur des maîtres d'autrefois, il sut cependant s' affirmer tout a fait personnel. La preuve en est que, pour un œil un peu exerce, les toiles de !'artiste s'identifient d'emblée, sans qu'il faille aller chercher une signature au bas du tableau. Dans l'important numéro de Noel1941 de la revue «L'Art Beige» que dirigeaient alors conjointement Isy Brachot (grand-père) et Yvonne Harvengt-Renette, le distingue et pertinent historien d'art Lucien Jottrand reprenait, en lui faisant beaucoup d'honneur, un texte du signataire des présentes pages, alors tout jeune critique. Celui-ci ne rougit point de rapporter la citation:

«La rétine de ce peintre privilégie ne lui livre que les beautés de la nature. Comme l'artiste, de ce fait, ne découvre le monde et les créatures que sous leurs aspects séduisants, il est très normal qu'il ne nous apporte que des messages de beauté ... Raphael disait, peignant sa "Galatée", que les femmes vraiment belles étant rares, il suivait "une certaine idée qu'il avait". Il signifiait ainsi qu'ayant sa propre conception de la beauté humaine, de sa grâce, de son calme bonheur, il n'arrivait a trouver que dans sa vision personnelle, le modèle qui l'exprimât à suffisance. Ainsi sans doute l'œuvre de Fernand Toussaint s'accomplit-elle dans son implacable sérénité, l'œil bienveillant de 1' artiste corrigeant tout naturellement, a son insu même, les imperfections de la nature qui ne lui sont pas perceptibles. C'est pourquoi la vision du peintre no us apporte a la fois la grâce, l'harmonie et la distinction, sans sacrifier ni la sante, ni la vraisemblance, ni surtout la vie ... »

Coloriste brillant, exécutant habile, c' est sa manière savoureuse qui nous séduit au premier regard, bien avant que nous nous attardions a la physionomie ou a l' aspect psychologique de ses portraits de commande ou des figures exécutées dans la liberté de !'atelier. On se laisse prendre par les accords de tons, 1' opulence de la palette, la délicatesse de la touche, toutes qualités purement plastiques qui font la très particulière beauté de ses bouquets, de ses rares natures mortes, vues de villes et paysages aux verts profonds et aux cieux mouvementes.

Apres ce premier contact, on prend le temps de détailler l'œuvre et jamais on ne sort de<;u de cet examen. L'attitude des modèles est toujours élégante et naturelle. Parfois, la jolie femme représentée laisse bien entrevoir une certaine raideur. Elle est un peu guindée, ne sait exactement que faire de ses mains. Fernand Toussaint ne force pas la pose. Il prend le risque. Ce petit manque de naturel ne fait que rendre plus émouvante encore la femme qui s'expose.

n convient ici de parler du soin merveilleux que met le peintre a "raconter" les mains, a capter leur expression, leur nervosité dissimulée ou leur grâce sereine. Dans le très beau portrait de sa femme, Fernand Toussaint jongle avec la difficulté que suscite la mobilité des doigts qui s'entrecroisent. n se montre fidele aux traditions des grands portraitistes français et britanniques. Même chose dans le «Portrait a l'éventail» (que l'on dit tantôt de Madame Beatty Smith et tantôt de Madame H. Somerville).

On notera - et la chose a son importance - que le gout inné et l'instinct de l'artiste surent toujours éviter a ses modèles les toilettes vouées a se démoder, a devenir ridicules ou désuètes. Fernand Toussaint sauvegardait ainsi la «valeur du sujet» et protégeait les jolies Femmes appelées à passer a la postérité, en leur suggérant de revêtir des toilettes capables de résister aux incertitudes et aux fantaisies d'un avenir mouvant. Le peintre possédait d' ailleurs une garde-robe de secours, dans l'esprit de son art, ce qui lui permettait de travailler dans la joie, sans agacement, des matières qui lui étaient familières, et ceci pour le plus grand bien de ses modèles, de leurs héritiers et, plus tard, des collectionneurs.

A une époque ou les amateurs se montraient encore exigeants, et ne se contentaient pas de choses bâclées ou de femmes informes et flasques, telles que 1' on no us en impose parfois aujourd'hui, certains ont exprime la réserve que les gracieux modèles de Fernand Toussaint présentaient souvent un visage ferme, une gravite hermétique, une absence de pouvoir de «communication». II est bon de rencontrer ce reproche et de donner !'explication qui s'impose. Ces jeunes femmes ne se livraient, ou plutôt !'artiste ne les «livrait» point, car telle était l'exigence des convenances, dans une société huppée et conventionnelle. Mais ce- pendant, dans un « Sphinx » éblouissant de blancheur et plein d'allégresse, expose en 1928 (a la «Petite Galerie», a Bruxelles), on découvre une créature charmante dont le regard acéré va bien au-delà de la simple rêverie romantique. On aura passe en revue toutes les facettes de la démarche de Fernand Toussaint lorsqu' on aura rappelé ses portraits, moins fréquents, d' enfants sages; ses aquarelles d'une vivacité et d'un raffinement extrêmes ; certains panneaux décoratifs réalises dans le gout des allégories des « saisons » et ses affiches éloquentes célébrant des événements historiques et folkloriques ...

Voila donc évoqué, après tant d'années, un maitre aimable et courtois, distingue) très discret sur sa vie, ses rencontres et ses expériences. Fernand Toussaint était sociable, mais peu répandu. Sa vie n'est marquée par aucun événement qui soit parvenu jusqu'a nous. C'était un homme de belle prestance qui célébra, dans des toiles remarquables, l'image de la femme dans la sérénité d'une haute bourgeoisie apparemment sans problèmes. Témoignage a la fois humain et social qui exigeait, de la part de l'artiste, tact, sa voir. et réflexion, et qui n'avait rien de commun avec les images faciles d'une simplicité spontanée. II règne la une atmosphère quiète, un peu frivole, vaguement amoureuse, ou la lumière se fait discrète, ou tout est silence et réserve de bon aloi.

Berko - Fine Paintings - Kustlaan 163 | B-8300 Knokke-Heist - Belgium